"Briser l'objet ou le thème. Voir dedans, derrière, après. Volonté de connaissance, peut-être velléité de connaissance. Au bout, on se trouve toujours devant l'énigme de sa propre écriture."

"Ces formes qui se répètent, à égale distance du bégaiement et de la musique"

" Le bon dessin, une splendide sclérose."

"Être avalé par le dessin qui sera détruit par le temps. Voilà la situation."

"Les dessins vraiment pleins ne laissent aucune place pour la signature."

"On dessine pour se trouver et on rencontre les autres."

"Mes obsessions appartiennent aux autres, elles sont communes."

"Confondant tout, je peux tout dire."

"Le dessin est un acte religieux, c'est le sacrifice de la couleur."

"Fouille l'ombre, crève le papier, voilà la lumière."

"Le moment est venu, je crois, de présenter au lecteur quelques considérations d'ordre général. Il advient parfois que de jeunes vierges, entre les âges limites de neuf et quatorze ans, révèlent à certains voyageurs ensorcelés, qui comptent le double ou le quintuple de leur âge, leur nature véritable - non pas humaine, mais nymphique, c'est-à-dire démoniaque; ce sont des créatures élues que je me propose de désigner sous le nom générique de "nymphettes"
On notera que je substitue la notion de temps à celle d'espace. J'aimerais, en fait, que le lecteur considère ces deux chiffres, "neuf" et "quatorze", comme les frontières naturelles - plages miroitantes et récifs teintés de rose - de cette île enchantée, perdue dans un océan brumeux, que hantent mes nymphettes. Toutes les enfants entre ces deux âges sont-elles des nymphettes? Non, assurément pas. Le seraient-elles que nous aurions depuis beau temps perdu la raison, nous qui avons vu la lumière, nous les errants solitaires, nous les nympholeptes. Qui plus est, la beauté ne constitue nullement le critère du nymphisme; et la vulgarité, ou du moins ce que l'on nomme ainsi dans certains milieux, n'est pas forcément incompatible avec les caractéristiques mystérieuses, cette grâce trouble, ce charme élusif et changeant, insidieux, bouleversant même, qui distinguent la nymphette de celles de ses congénères qui, tragiquement soumises aux processus synchrones du monde dimensionnel, ne peuvent approcher cette île du temps suspendu, cet îlot inconnu et magique où Lolita s'ébat avec ses compagnes. Le nombre des nymphettes authentiques est infime en comparaison des légions de fillettes ordinaires (qu'elles soient passagèrement disgraciées, ou "mignonnes", voir même "adorables"), qui sont des créatures essentiellement humaines, banales, replètes et sans forme, avec des tresses en queue de cochon, à la peau froide et au ventre ballonné, et qui deviendront -peut-être- des femmes d'une grande beauté (songez à ces fameuses gamines mafflues, en bas noirs et capelines blanches, qui se sont métamorphosées en éblouissantes Vénus de l'écran). Présentez à un homme normal une photographie de groupe (écolières ou girl-scouts) en le priant de désigner la plus jolie fille, et ce n'est peut-être pas la nymphette qu'il chosira. Il faut être un artiste doublé d'un fou, un de ces êtres infiniment mélancoliques, aux reins ruisselants d'un poison subtil, à la moelle perpétuellement embrasée par une flamme supra-voluptueuse (oh, cette torture sous le masque!), pour discerner aussitôt, à des signes ineffables - la courbe féline d'une pommette, la finesse d'une jambe duveteuse, et cent autres indices que le désespoir et la honte et des larmes de tendresse me retiennent d'énumérer - la nymphette démoniaque cachée parmi les enfants bien normales auxquelles elle reste inconnue, ignorant elle-même le pouvoir fantastique qu'elle détient."
Ouvre donc. Les lances du soleil viennent saluer la naissance d'un nouveau fils. Le monde qu'il vient d'ouvrir brûle sous son regard. Avalons ses cendres.












Qu'il est terrible de se tenir debout chaque matin, de rester là, encore une fois, d'abattre avec férocité un nouveau jour et d'en épouser la lumière.



Héraut


Il brandit ses armes et ses couleurs, reconnu de tous, effrayant élément de la nature. Nul ne peut reconnaître dans ses formes la moindre ressemblance avec ce que la vie peut montrer aux vivants.

Vincent Fortemps aux Ateliers du Théâtre Garonne à Toulouse






Hier soir Mercredi 14 Mars, exposition performance de Vincent Fortemps, dessinateur de bande dessinée publié aux éditions FREMOK.

Une exposition plongée dans le noir, où des bancs de lumières révèlent des dessins marqués aux gras des crayons lithographiques sur rhodoïd. Les images, écrasées sous des couches de verres, font naître par transparence ou accumulation des espaces aux profondeurs evanescentes, comme un flou photographique, où la vision, troublée par l'épaisseur suffocante du noir, accrochée par des lacérations, donnent à ces représentations végétales ou animales la splendeur lumineuse de leur sombre beauté.
Cabinet de curiosités impressionnistes, ces paysages et cette faune s'impriment avec intensité comme un coup de lumière persistant, même lorsque les yeux se détournent et se ferment.

Une performance du Trio Hoye fit suite, avec Vincent Fortemps à la "Cinémecanique", et les musiciens Alain Mahé, Jean-François Pauvros, et François Cambouzat opérant une symphonie d'objets sonores à l'interieur d'une structure réalisée pour l'occasion. La projection d'une image vidéo en temps réel, où Fortemps lacérant, essyuant, grattant, éclairant ses feuilles de plastiques, dans un rituel frénétique, les recouvrant d'un noir épais, primitif, dans un ballet de lumière soutenu par la musique, où sons concrets, grincements et notes de guitares, donnaient forme et profondeur à la matière noire.


L'exposition est visible jusqu'au 31 Mars et une nouvelle performance, avec Lydia Lunch est prévue pour le 24 Mars, à ne pas manquer.